BABILLARD
- UN PARCOURS TROP COMMUN -
[ NOTE AUX LECTEURS ]
Ce document est rédigé du point de vue du patient et reflète l'expérience vécue par de nombreuses personnes qui se sentent trompées par le système de santé. Le ton peut paraître accusateur, mais il vise à donner une voix à une souffrance souvent ignorée.
Nous reconnaissons que la grande majorité des médecins et pharmaciens agissent de bonne foi dans un système complexe. Ce document ne vise pas à blâmer les individus, mais à mettre en lumière des lacunes systémiques dans l'information transmise aux patients et dans les protocoles de sevrage disponibles.
Votre ouverture au dialogue et votre engagement envers l'amélioration des pratiques sont essentiels pour résoudre cette crise de santé publique.
Index
- Introduction
- 1. Vous ne savez pas !
- 2. La dépendance : vous ne voyez rien venir
- 3. La tolérance : quand ça rime avec ignorance
- 4. Le sevrage : "Ça va être dur docteur?"
- 5. Le post-sevrage : vous guérissez, lentement
- 6. Il y a de l'espoir : la BenzoVeillance
- 7. Vos droits en tant que patient
- 8. Comment participer au mouvement #FaireEntendreRaison
L'histoire qui suit n'est pas celle d'une seule personne. C'est un récit composé à partir de plus d'une dizaine de témoignages reçus par BenzoVeillance suite au reportage de Radio-Canada et de l'écoute d'entrevues en ligne des personnes qui en ont entendu des centaines. Si certaines parties vous semblent familières, c'est normal — c'est le parcours que vivent des milliers de Québécois.
Le vécu relaté ici n'a pas la prétention d'être conforme à tous les cas ni à la réalité individuelle de chaque patient. Chaque parcours est unique, chaque ressenti et interprétation de sa condition est unique, mais personne n'est seul. Le texte est écrit au masculin pour en simplifier l'écriture.
Introduction
Vous êtes peut-être ici parce que vous prenez des benzodiazépines depuis des mois, des années, voire des décennies. Peut-être avez-vous essayé d'arrêter — une fois, deux fois, cinq fois, vingt fois — et chaque tentative s'est soldée par un échec qui vous a laissé encore plus découragé qu'avant.
Peut-être votre médecin ou pharmacien vous a-t-il dit que "C'est juste votre anxiété...Oui c'est bien ça, votre dossier dit : Anxiété généralisée". Peut-être vous a-t-on suggéré de faire du sport, d'aller au spa, de faire des exercices de respiration, de méditer en pleine conscience, de travailler sur vous-mêmes, d'être serein malgré tout et de vous faire à l'idée que vous n'êtes pas bâti pour gérer votre stress"
Si c'est votre cas, sachez ceci :
Votre souffrance est réelle. Ce qui vous arrive n'aurait jamais dû se produire. Et ce n'est pas de votre faute.
1. Vous ne saviez pas !
On ne vous a pas tout dit avant de commencer
Vous avez fait confiance à votre médecin et votre pharmacien. Vous avez pris votre médicament exactement comme prescrit. Vous n'avez pas fait quelque chose de pas correct...volontairement.
On vous a bien dit, que ça crée de la dépendance, mais sans vous l'expliquer...Vraiment pour vrai. Sans même vous demander de répéter dans vos mots ce que vous avez compris. La prescription est pour 365 jours. Vous allez devenir dépendant en seulement 30. Vous l'êtes déjà si vous avez déjà eu une prescription d'un mois... pour essayer.
Mais on ne vous a probablement pas dit que :
- Votre corps pouvait devenir dépendant vite...pas mal vite en fait.
- Le médicament cesserait possiblement de fonctionner et pourrait même causer votre anxiété...Assez contre-intuitif quand on y pense
- L'arrêter nécessiterait un sevrage structuré, très progressif et qu'essayer de faire des essais improvisés trop rapides...Ben, c'est pas vraiment bon en fait.
- Le sevrage pouvait être pas une mince affaire, que ça pourrait être pas mal dur en réalité.
- Il y a le syndrome post sevrage. On l'oublie celui-là. Très incommodant pour le patient. Et incommodant pour votre médecin et pharmacien. C'est embêtant d'en parler.
Cette information vous était due. C'était votre droit de la recevoir.
Ce qui aurait dû se passer
Ce qui aurait dû se passer dès le début :
Votre médecin ou pharmacien aurait dû vous dire avant même la première pilule :
"Si vous prenez ce médicament pendant plus de quelques semaines, votre corps va développer une dépendance physiologique. Ce n'est pas de votre faute si ça arrive — c'est une réaction normale du cerveau à ce type de médicament.
Si un jour vous voulez arrêter, il faudra un plan de sevrage très progressif et graduel. Si le traitement s'avère long, disons des mois ou des années, ça pourrait prendre 6 à 18 mois. On ne pourra pas juste arrêter sur quelques semaines.
Je vais vous préparer un plan de traitement qui inclut dès maintenant comment on va gérer le sevrage quand le moment viendra."
Cela ne vous a jamais été dit. Et c'est pour ça que vous vous sentez trompé.
Ce qui aurait dû se passer quand vous avez voulu arrêter :
Votre médecin ou pharmacien aurait dû dire :
"Ça fait un bout que vous prenez ce médicament. On va faire un sevrage très lent. On va réduire de 5 à 10% de votre dose actuelle toutes les 4 à 6 semaines. Ça pourrait prendre des mois, voire plus d'un an. Je vais vous prescrire une formulation liquide pour qu'on puisse faire des ajustements très précis.
Si les symptômes deviennent trop intenses, on ralentit. On peut même faire une pause de stabilisation pendant quelques semaines si nécessaire.
Les symptômes que vous allez ressentir pendant le sevrage ne sont pas votre anxiété qui revient — ce sont des symptômes de sevrage qui vont finir par disparaître si on y va assez lentement."
Cela ne vous a jamais été dit non plus.
2. La dépendance : vous ne voyez rien venir
Le premier mois : tout semble sous contrôle
Votre médecin ou pharmacien vous a probablement donné une prescription pour un mois de pilules — 30 comprimés.
Il vous a peut-être dit :
"Attention, ce médicament peut créer de l'accoutumance/dépendance. Il vaut mieux ne pas en prendre trop."
Vous vous êtes dit : "Pas de souci, je vais juste prendre ce qui est prescrit."
Vous n'êtes pas quelqu'un qui perd le contrôle, vous êtes en maitrise en général. La dépendance arrive à ceux qui en abusent. Vous, vous allez être responsable.
Et c'est exactement ce que vous avez fait. Dose prescrite. Jamais plus. Jamais le goût d'en prendre plus d'ailleurs. Tout est si contrôle, vous êtes le patient modèle.
Et pourtant, vous êtes devenu dépendant quand même.
Voici ce qu'on ne vous a jamais expliqué clairement :
Ce que vous pensiez que "dépendance" voulait dire :
- "Si j'en prends trop, plus que ma prescription, je pourrais devenir accro"
- "Si je ressens le goût à tout bout de champ d'en prendre plus, je pourrais développer un problème"
- "C'est comme l'alcool ou la drogue de rue - c'est pas moi ça..."
Donc vous avez fait attention. Vous n'avez pas abusé. Vous avez pris exactement la dose prescrite.
Ce que "dépendance" veut vraiment dire avec les benzodiazépines :
La majorité des personnes développent une dépendance physiologique après quelques semaines d'usage régulier, même à dose thérapeutique, même si elles n'abusent pas, même si elles ont une volonté de fer.
Certaines personnes y échappent, mais c'est l'exception plutôt que la règle. Et il n'y a aucun moyen de savoir à l'avance si vous ferez partie de la minorité chanceuse ou de la majorité qui deviendra dépendante.
Ce n'est pas une question de caractère. C'est une réaction biologique que la plupart des gens vivent.
Entre le premier et le deuxième mois : vous essayez d'être "responsable"
Vous retournez voir votre médecin ou pharmacien. Il vous demande comment ça va.
Vous répondez : "Ça va beaucoup mieux."
Et c'est vrai — le médicament a aidé. Votre anxiété est plus gérable. Vous dormez mieux.
Votre médecin ou pharmacien dit : "Parfait. On va continuer encore un mois, 30 pilules par jour, et on se revoit."
Vous vous souvenez de l'avertissement : "Il vaut mieux ne pas en prendre trop."
Alors vous développez des stratégies pour être prudent :
- Vous coupez parfois la dose en deux
- Vous attendez la dernière minute avant d'en prendre
- Vous essayez de "tenir" le plus longtemps possible avant une crise d'anxiété
- Vous vous battez avec vous-même : "Est-ce que j'en ai vraiment besoin là, maintenant?"
Vous êtes tiraillé entre les recommandations vagues de votre médecin et les manifestations réelles de votre anxiété.
Vous ne voulez pas en "abuser". Vous voulez être un bon patient. Vous essayez de faire les choses correctement.
Mais à ce point-là, il est déjà trop tard.
La vérité que personne ne vous dit :
Vous êtes déjà dépendant physiologiquement depuis 2 à 4 semaines.
Vos stratégies "responsables" — couper en deux, attendre, se battre avec soi-même — ne font qu'ajouter une dépendance psychologique à la dépendance physiologique déjà installée.
Quand vous "tenez" et que l'anxiété monte, puis que vous finissez par prendre la pilule et que vous vous sentez soulagé, votre cerveau apprend : "Sans cette pilule, je ne peux pas gérer."
Ce cycle de privation-soulagement renforce la dépendance psychologique.
Mais personne ne vous explique que :
- La dépendance physiologique est déjà là (votre cerveau s'est adapté)
- Vos efforts pour "ne pas en abuser" créent paradoxalement plus de détresse
- Cette lutte interne n'est pas nécessaire — le vrai problème est que vous n'auriez jamais dû être sur ce médicament aussi longtemps
La fin du deuxième mois : le renouvellement routinier pour un an
Vous retournez voir votre médecin ou pharmacien après le deuxième mois.
Il vous demande : "Comment ça va?"
Vous répondez peut-être : "Ça va OK. Parfois l'anxiété revient un peu, mais je gère."
Et là, votre médecin ou pharmacien fait quelque chose de crucial :
Il renouvelle votre prescription pour un an.
Un an. 365 jours. 12 mois à raison de 30 pilules par mois.
Comme si c'était la chose la plus banale du monde.
Il vous dit peut-être :
- "Faites du sport"
- "Essayez la méditation"
- "Allez voir un psychologue"
- "Faites des exercices de respiration"
- "Tout va finir par rentrer dans l'ordre"
Mais il ne vous dit presque jamais explicitement que :
Votre prescription transgresse les recommandations du fabricant (2 à 4 semaines maximum)
Votre prescription transgresse les recommandations de Santé Canada (2 à 4 semaines maximum)
Votre prescription transgresse les recommandations de la FDA (usage court terme seulement)
Votre prescription transgresse les lignes directrices du Collège des médecins du Québec
Vous êtes maintenant dépendant physiologiquement
Plus vous continuez, plus le sevrage sera difficile
Le médicament va probablement cesser de fonctionner à cause de la tolérance
Votre anxiété pourrait empirer à cause de cette tolérance
3. La tolérance : quand ça rime avec ignorance
Le temps passe. Vous continuez à prendre votre médicament exactement comme prescrit.
Mais quelque chose change. Lentement. Insidieusement.
Au début, vous ne le remarquez même pas. Puis ça devient impossible à ignorer.
Le médicament cesse de fonctionner
Peut-être qu'après quelques mois de traitement, vous commencez à avoir des symptômes que vous n'aviez pas avant :
- Serrements à la gorge
- Mini-crises de panique qui sortent de nulle part
- Crainte nouvelle et démesurée de prendre la parole en public
- Serrements à la poitrine
- Palpitations inexpliquées
- Tremblements
- Difficultés de concentration pires qu'avant
Ces symptômes vous inquiètent. Ils sont nouveaux. Ils sont intenses.
Le parcours typique des investigations médicales
Les symptômes physiques (serrements poitrine, gorge, palpitations) inquiètent votre médecin aussi.
Il demande des investigations :
- Électrocardiogramme (ECG)
- Prises de sang complètes
- Examen de la thyroïde
- Laryngoscopie (caméra dans la gorge) pour les serrements à la gorge
- Peut-être même une échographie cardiaque pour les palpitations
Vous passez tous ces examens.
Résultat : tout est normal.
Votre cœur est en santé. Votre gorge est normale. Votre thyroïde fonctionne bien. Vos prises de sang sont impeccables.
On vous dit : "C'est votre anxiété."
Les symptômes psychologiques (crises de panique, peur de parler en public) :
Ceux-là sont automatiquement attribués à votre étiquette : anxieux ou anxiété généralisée.
Ce que personne ne vous dit
Ces nouveaux symptômes ne sont pas votre anxiété originale qui empire.
Ce sont des symptômes de tolérance aux benzodiazépines.
Votre cerveau s'est adapté au médicament. Il ne répond plus aussi bien. Entre les doses, vous commencez à ressentir un mini-sevrage (sevrage inter-dose).
Ces symptômes sont causés par le médicament lui-même.
Mais votre médecin ne fait pas le lien. Il attribue ces symptômes à :
- Votre "anxiété" (pour les symptômes psychologiques)
- Des "causes physiques à investiguer" puis à "votre anxiété" quand tout revient normal (pour les symptômes physiques)
Rarement au médicament que vous prenez depuis des mois.
Le pharmacien vous voit passer... mois après mois, année après année
Vous vous présentez à la pharmacie. Mois après mois. Année après année parfois.
Le pharmacien vous remet vos 30 pilules. Encore. Et encore.
Il vous voit. Il voit votre dossier. Il voit la durée.
Peut-être qu'un jour, il vous dit quelque chose comme :
"Vous savez, ce médicament peut causer des chutes chez les personnes âgées. Et il y a aussi des risques de perte de mémoire à long terme."
Et dans votre tête, vous vous dites :
"OK. Risques de chutes... je ne suis pas âgé. Perte de mémoire à long terme... j'ai du temps. Je ne vais quand même pas prendre ça jusqu'à 65 ans."
Vous vous sentez rassuré.
Vous avez du temps. Vous êtes jeune (ou relativement jeune). Ces risques-là, c'est pour les autres, pour ceux qui prennent ça pendant 20 ans.
"Ça va aller. Je vais arrêter bien avant que ça devienne un problème. Tout va finir par rentrer dans l'ordre avec le temps."
Le temps arrange les choses, non?
Le piège du "j'ai du temps"
Le pharmacien vient de vous parler de risques à long terme (chutes, mémoire).
Mais il ne vous a pas parlé du risque immédiat et actuel :
Vous êtes déjà dépendant (depuis des mois)
Votre cerveau s'est déjà adapté au médicament
Le sevrage sera déjà difficile maintenant
Plus vous attendez, pire ce sera
Le médicament perd déjà de son efficacité à cause de la tolérance
Vous pensez que le danger c'est dans 20 ans.
Mais le danger, c'est maintenant.
Le temps ne "arrange" pas les choses avec les benzodiazépines. Le temps les empire.
Chaque mois supplémentaire :
- Approfondit la dépendance
- Renforce la tolérance
- Rend le sevrage plus long et plus difficile
- Augmente le risque de symptômes post-sevrage persistants
Mais le pharmacien ne vous dit rien de tout ça.
Il vous laisse partir avec vos 30 pilules et votre faux sentiment de sécurité : "J'ai du temps."
Pendant ce temps, les messages contradictoires s'accumulent
Pendant tous ces mois, toutes ces années, vous recevez des messages de tous les professionnels qui vous entourent. Des messages qui semblent logiques sur le moment, mais qui créent une confusion totale.
Le médecin : "Continuez, tout va rentrer dans l'ordre"
Votre médecin vous dit : "Continuez, tout va rentrer dans l'ordre. Faites du sport. Faites de la méditation."
Puis il ajoute : "Mais faites attention, hein. Essayez de ne pas en prendre trop. Si vous pouvez en prendre moins, c'est mieux. Essayez d'arrêter si vous vous sentez capable."
Mais en même temps, sans sourciller, il vous remet une prescription pour 365 jours.
Vous sortez du bureau avec ces instructions contradictoires qui tournent dans votre tête :
"Faites attention... mais voici 365 jours.
Essayez d'en prendre moins... mais en voici pour un an.
Essayez d'arrêter si vous pouvez... mais je renouvelle quand même."
Et là, vous vous posez la question :
"Mais... si c'est vraiment quelque chose dont il faut 'faire attention', si je devrais 'essayer d'arrêter', si je devrais 'ne pas en prendre trop'... pourquoi mon médecin me donne-t-il 365 jours d'un seul coup, comme ça, et que ça fait 3 ans qu'il renouvelle?"
Cette question devrait être un signal d'alarme. Mais vous la rationalisez :
"Il doit savoir ce qu'il fait. C'est un médecin. S'il me donne un an, c'est que ça doit être correct. Les avertissements, c'est juste pour que je fasse attention à mon usage. Tant que je prends juste ce qui est prescrit, je suis correct.
Humm... Je préfère être prudent. À partir de la semaine prochaine, je vais essayer encore une fois d'en prendre moins..."
Comment pourriez-vous vous douter que cette prescription n'est pas appropriée?
Le message implicite est clair : "Fais attention (un peu), mais continue (beaucoup)."
Si c'était vraiment dangereux, s'il fallait vraiment "faire attention", est-ce qu'il vous donnerait 365 jours d'un coup comme ça?
Et le pharmacien ne dit rien non plus.
Mois après mois, année après année, il vous remet vos 30 pilules sans poser de questions, sans lever de drapeau rouge.
Le message est clair : tout est normal. Continuez.
Le psychologue en TCC : La croyance que la thérapie suffira
Pendant ce temps, vous allez peut-être voir un psychologue. Vous faites de la thérapie cognitivo-comportementale.
Il travaille avec vous sur vos pensées anxieuses, vos comportements d'évitement, vos techniques de gestion du stress.
Votre psychologue croit sincèrement que si vous maîtrisez bien ces techniques, vous pourrez arrêter vos médicaments. Pour lui, le problème c'est votre anxiété — et la TCC traite l'anxiété. Donc une fois l'anxiété maîtrisée, vous n'aurez plus besoin de pilules.
C'est logique. C'est même encourageant.
Vous progressez bien en thérapie. Vous apprenez à gérer vos pensées. Vous développez de nouvelles stratégies.
Et puis un jour, votre psychologue vous dit :
"Je trouve que vous progressez vraiment bien ! Vous avez fait beaucoup de chemin. Vous vous sentez de vous appuyer sur vos acquis pour arrêter les médicaments ? Disons... d'ici avant que je revienne de vacances dans un mois ? Ça vous va ?"
Vous vous sentez encouragé. Votre psy a confiance en vous. Vous avez fait des progrès. C'est vrai.
Alors vous dites oui. Vous allez essayer.
Votre psychologue ne sait simplement pas que les benzodiazépines créent une dépendance physiologique qui nécessite un sevrage structuré sur plusieurs mois.
Il pense sincèrement que vos progrès psychologiques vous permettront d'arrêter le médicament.
Mais ces deux choses n'ont rien à voir l'une avec l'autre.
Vous pouvez avoir fait d'énormes progrès en thérapie ET être incapable d'arrêter vos benzodiazépines sans un sevrage structuré.
L'un n'a rien à voir avec l'autre. Mais ni vous ni votre psychologue ne le savez.
Le spécialiste du sommeil : [Silence sur le médicament]
Si vous consultez pour des problèmes de sommeil, on analyse votre architecture de sommeil. On vous parle d'hygiène du sommeil. On vous explique les cycles.
Mais on ne mentionne jamais que votre insomnie pourrait être causée ou aggravée par votre usage chronique de benzos.
Silence.
Vous : "Le temps va arranger les choses"
Face à tous ces messages, vous concluez :
"Le problème c'est mon anxiété, pas le médicament. Je vais travailler sur moi. Le temps va arranger les choses. Je vais méditer, faire du sport, voir mon psy. Quand tout ça sera en place, je pourrai arrêter tranquillement."
Vous mettez en place toutes les bonnes habitudes :
- Vous arrêtez le café
- Vous ne faites plus de sport passé 16 heures
- Vous n'écoutez plus la télévision 1 heure avant de vous coucher
- Vous écrivez vos soucis de la journée sur papier pour que ça arrête de trotter dans votre tête toute la nuit
- Vous faites de la méditation
- Vous allez en thérapie
Vous faites tout ce qu'il faut.
La normalisation sociale : "Tout le monde en prend"
Et puis, vous regardez autour de vous...
Arthur au bureau en prend depuis 3 ans. Il fonctionne bien. Il a une belle carrière. Il ne semble pas avoir de problème.
Sa femme en prend depuis encore plus longtemps, à plus grosse dose même. Elle prend aussi des antidépresseurs en plus.
Ils ont l'air normaux. Ils ont l'air bien.
Vous vous dites :
"Si c'était vraiment dangereux, Arthur et sa femme auraient des problèmes, non? Eux autres ça fait des années. Moi ça fait juste quelques mois. Je suis correct."
Cette normalisation sociale renforce votre faux sentiment de sécurité.
Si tant de gens autour de vous prennent ces médicaments pendant des années sans que personne n'en parle comme d'un problème, c'est que ça doit être correct.
Vous ne savez pas que :
- Arthur est peut-être piégé dans la dépendance et n'arrive pas à arrêter
- Sa femme a peut-être essayé d'arrêter plusieurs fois sans succès
- Ils ont peut-être développé une tolérance et le médicament ne fonctionne plus vraiment
- Ils ne vous disent peut-être pas à quel point c'est devenu difficile
Le silence collectif autour de ce médicament vous fait croire que tout est normal.
On vous propose d'ajouter des antidépresseurs ou antipsychotiques
Face à ces nouveaux symptômes qui empirent au fil des mois, votre médecin vous dit :
"Votre cas semble plus complexe que prévu. Les benzodiazépines seules ne suffisent pas à traiter votre anxiété généralisée. Je pense qu'on devrait ajouter un antidépresseur ou un antipsychotique pour vous donner un petit boost additionnel."
Peut-être que vous avez déjà essayé ces médicaments par le passé et qu'ils ne vous ont pas vraiment aidé. C'est quelque chose de prendre ça. Mais face à votre détresse actuelle, vous hésitez...
Et là, vous avez deux choix :
Scénario 1 : Vous refusez les antidépresseurs ou antipsychotiques
Vous dites non.
Vous vous dites :
"Non merci. J'ai déjà mon traitement de base avec les benzos. Je ne veux pas devenir trop dépendant des médicaments psychologiquement. Je vais faire attention. J'ai de la volonté. Ça va aller. Ça va rentrer dans l'ordre."
Vous êtes un battant. Vous ne voulez pas devenir dépendant de trop de pilules.
Scénario 2 : Vous acceptez les antidépresseurs ou antipsychotiques
Vous acceptez. Ça semble logique.
Votre anxiété ne s'améliore pas — elle empire même. De nouveaux symptômes apparaissent. Des examens médicaux complets n'ont rien trouvé. Un traitement supplémentaire pourrait aider.
Vous faites confiance à votre médecin. Il sait ce qu'il fait.
On ajoute donc un antidépresseur ou un antipsychotique pour traiter des symptômes causés par les benzodiazépines, pendant qu'on continue les benzodiazépines.
Dans les deux scénarios : l'ironie cruelle
Que vous ayez refusé ou accepté les antidépresseurs, vous êtes déjà dépendant aux benzodiazépines.
Physiologiquement. Depuis des mois. Depuis des années peut-être.
Mais vous ne le savez pas. Parce que personne ne vous l'a dit clairement.
Si vous avez refusé les antidépresseurs ou antipsychotiques : Vous pensiez faire preuve de prudence et de volonté. Vous pensiez garder le contrôle. Mais le contrôle, vous l'aviez déjà perdu dès les premières semaines de traitement aux benzos.
Si vous avez accepté les antidépresseurs ou antipsychotiques : On vous a fait croire que votre anxiété empire parce que votre "cas est complexe" et nécessite plus de médicaments. Mais personne ne vous a dit que ces nouveaux symptômes sont probablement causés par la tolérance aux benzodiazépines — pas par votre condition qui se dégrade.
Dans les deux cas, personne ne s'attaque au vrai problème : la dépendance aux benzodiazépines qui s'approfondit mois après mois, année après année.
Et dans les deux cas, vous n'avez pas à vous sentir coupable de votre décision.
Que vous ayez refusé ou accepté les antidépresseurs ou antipsychotiques, vous avez fait ce qui vous semblait le mieux à ce moment-là. Quand on est vulnérable, qu'on souffre, et qu'on a besoin d'aide, on prend l'aide qu'on nous offre. Ou on la refuse parce qu'on veut garder un certain contrôle.
Les deux réactions sont normales et compréhensibles.
Le problème n'est pas votre choix. Le problème, c'est qu'on ne vous a jamais donné la bonne information pour faire un choix véritablement éclairé.
Le mythe du déséquilibre chimique
Pendant tout ce temps — les investigations médicales, les nouveaux symptômes, les propositions d'ajouter d'autres médicaments — une croyance s'installe profondément en vous.
Une croyance qui semble expliquer tout ce qui vous arrive.
"J'ai un déséquilibre chimique dans mon cerveau. C'est pour ça que j'ai besoin de ces médicaments. C'est probablement quelque chose que j'ai depuis ma naissance, ou depuis que mes symptômes ont commencé."
Cette croyance vous rassure d'une certaine façon.
Elle explique pourquoi vous ne pouvez pas arrêter. Elle explique pourquoi vos tentatives échouent. Elle explique pourquoi le médicament semble nécessaire.
Ce n'est pas votre faute. C'est votre chimie. Votre cerveau a besoin de ce médicament pour fonctionner normalement.
D'où vient cette croyance ?
Personne ne vous l'a dit explicitement. Mais tous les messages que vous recevez pointent dans cette direction :
- Le médecin propose d'ajouter des antidépresseurs pour "corriger" votre chimie
- Les examens médicaux sont normaux, donc "c'est dans votre tête" → un problème chimique
- Vous ne pouvez pas arrêter malgré tous vos efforts → preuve que vous "avez besoin" du médicament
- Arthur et sa femme prennent des benzos depuis des années → ils doivent avoir un déséquilibre chimique aussi
La conclusion semble logique : votre cerveau a un déséquilibre chimique que ces médicaments corrigent.
Mais voici la vérité que personne ne vous dit
Vous n'aviez pas de déséquilibre chimique.
C'est le médicament qui l'a créé.
Laissez-moi vous expliquer comment ça fonctionne vraiment.
Le GABA et l'adaptation du cerveau
Les benzodiazépines agissent sur un neurotransmetteur dans votre cerveau appelé GABA (acide gamma-aminobutyrique).
Le GABA est le principal neurotransmetteur inhibiteur de votre cerveau. Il calme l'activité nerveuse. Il vous aide à vous détendre, à dormir, à gérer le stress.
Quand vous prenez une benzodiazépine :
- Le médicament augmente artificiellement l'effet du GABA dans votre cerveau
- Votre cerveau détecte ce surplus d'activité GABA
- Pour maintenir l'équilibre, votre cerveau s'adapte : il réduit sa propre production de GABA ou diminue la sensibilité de ses récepteurs GABA
- Maintenant, votre cerveau dépend du médicament pour avoir un niveau normal de GABA
C'est ça, la dépendance physiologique.
Votre cerveau a changé sa chimie en réponse au médicament.
Ce changement n'existait pas avant que vous commenciez à prendre des benzodiazépines.
Le déséquilibre chimique n'était pas là au début.
Le médicament a créé le déséquilibre.
Et maintenant, votre cerveau a besoin du médicament pour fonctionner — non pas parce que vous aviez un problème chimique dès la naissance, mais parce que votre cerveau s'est adapté à la présence constante du médicament.
Ce que ça veut dire pour vous
Quand vous essayez d'arrêter et que vous vous sentez terrible, ce n'est pas parce que :
- Votre "vrai" déséquilibre chimique revient
- Vous êtes "fait comme ça" et avez besoin du médicament
- Votre anxiété originale revient
C'est parce que :
- Votre cerveau a changé sa chimie en réponse au médicament
- Il a besoin de temps pour se réadapter à fonctionner sans le médicament
- Les symptômes que vous ressentez sont des symptômes de sevrage, pas votre condition originale
Votre cerveau peut retrouver son équilibre naturel.
Mais il a besoin de temps. Beaucoup de temps. Et d'un sevrage très progressif.
La bonne nouvelle dans tout ça :
Le déséquilibre n'est pas permanent. Ce n'est pas "qui vous êtes".
C'est une adaptation que votre cerveau a faite, et il peut défaire cette adaptation.
Avec le bon protocole et assez de temps, votre cerveau peut guérir.
Les tentatives ratées
Vous vous souvenez. Au début, le médicament fonctionnait à merveille.
Vous dormiez enfin. L'anxiété était gérable. Vous fonctionniez bien.
Mais maintenant, après quelques mois (ou quelques années), quelque chose a changé.
Le médicament ne fonctionne plus aussi bien. L'anxiété revient par moments. Le sommeil est moins bon.
Et vous vous souvenez aussi de ce que votre médecin vous avait dit au tout début :
"Faites attention. N'en prenez pas trop. C'est pas tellement bon à long terme."
Ces mots résonnent dans votre tête.
Vous vous dites :
"Ça fait des mois que je prends ça. Le médecin m'a dit de faire attention. Peut-être que c'est le temps d'arrêter. Ou au moins d'essayer de diminuer. Je devrais être responsable."
Vous ne voulez pas être quelqu'un qui dépend des pilules indéfiniment.
Vous voulez prouver que vous pouvez gérer sans médicament. Que vous êtes fort. Que vous avez de la volonté.
Alors vous décidez d'essayer.
Les stratégies que vous tentez
Sans savoir comment faire un sevrage approprié — parce que personne ne vous l'a expliqué — vous improvisez :
Tentative 1 : Réduire sur 3-4 semaines
Vous vous dites : "Je vais y aller progressivement. Sur 3-4 semaines, je vais diminuer tranquillement."
Peut-être que vous prenez de la mélatonine et de la camomille pour vous aider à dormir.
"Avec ça, je devrais dormir comme un bébé (qui fait pas ses dents) !"
Les premiers jours, ça va. Vous êtes motivé.
Puis, vers la fin de la première semaine, les symptômes commencent :
- L'anxiété monte. Beaucoup.
- Vous ne dormez presque plus
- Vous êtes irritable, tendu
- Des symptômes physiques apparaissent : tremblements, palpitations, sueurs
Vous tenez bon pendant quelques jours. Puis ça devient insupportable.
Vous reprenez votre dose.
Échec.
Tentative 2 : Couper la dose de moitié d'un coup
Quelques semaines plus tard, vous vous sentez mieux. Vous êtes dans une bonne passe.
Vous vous dites : "Je ne suis pas stressé ces temps-ci. Ça devrait ben aller. Je dors à soir !"
Vous coupez votre dose de moitié. D'un seul coup.
Les deux premiers jours, ça va. Vous êtes content de vous.
Puis, bam. Ça frappe.
L'anxiété explose. Les symptômes physiques reviennent en force. Vous ne dormez plus du tout.
Vous reprenez votre dose complète.
Échec.
Tentative 3 : En prendre un jour sur deux
Vous essayez une autre stratégie : alterner. Un jour avec, un jour sans.
"Je suis capable ! Je vais juste en prendre aux deux jours au lieu de tous les jours."
Les jours où vous n'en prenez pas, vous vous sentez mal. Vraiment mal.
Les jours où vous en prenez, vous vous sentez soulagé. Mais seulement temporairement.
Cette alternance devient un enfer. Vous vivez dans les montagnes russes.
Vous abandonnez.
Échec.
Ce que personne ne vous dit sur ces échecs
À chaque fois que vous échouez, vous vous blâmez.
"Je n'ai pas assez de volonté. Je ne suis pas assez fort. Je dépends trop des pilules. Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ?"
Vous retournez voir votre médecin, découragé.
Vous lui racontez vos tentatives.
Il vous regarde et dit :
"C'est votre anxiété qui revient. Vous n'êtes pas prêt à arrêter. Continuez le médicament pour l'instant. Travaillez sur votre gestion du stress. Faites de la méditation. Allez en thérapie. Quand vous serez plus stable psychologiquement, on pourra réessayer."
Ce message renforce votre croyance :
"Le problème c'est moi. C'est mon anxiété. Je ne suis pas assez fort pour arrêter."
Mais voici la vérité :
Ce n'était pas votre anxiété qui revenait.
C'était le sevrage.
Votre cerveau s'était adapté au médicament. Quand vous avez essayé d'arrêter trop vite, votre cerveau n'a pas eu le temps de se réadapter.
Les symptômes que vous avez ressentis — anxiété, insomnie, tremblements, palpitations — c'était votre système nerveux en mode panique parce qu'il manquait soudainement le médicament auquel il s'était habitué.
Pourquoi vos tentatives ont échoué
Vos tentatives n'ont pas échoué parce que :
- Vous manquez de volonté
- Vous êtes "trop anxieux"
- Vous avez un déséquilibre chimique qui nécessite le médicament
- Vous n'êtes pas prêt psychologiquement
Vos tentatives ont échoué parce que :
- Vous alliez beaucoup trop vite
- Votre cerveau n'a pas eu le temps de s'adapter
- Personne ne vous a expliqué qu'il fallait un sevrage structuré sur plusieurs mois
- Personne ne vous a dit que les symptômes étaient du sevrage, pas votre anxiété
Le sevrage approprié pour quelqu'un qui prend des benzodiazépines depuis des mois ou des années, c'est :
- Réductions de 5-10% toutes les 2 à 4 semaines (parfois même 6-8 semaines)
- Durée totale : 6 mois minimum, souvent 12 à 18 mois, parfois plus
- Formulation liquide pour des ajustements très précis
- Suivi médical régulier
- Pauses de stabilisation quand les symptômes sont trop intenses
Pas 3-4 semaines. Pas couper de moitié. Pas un jour sur deux.
Le cycle se répète
Vous essayez. Ça échoue. Vous vous blâmez.
Quelques mois plus tard, vous réessayez. Ça échoue encore. Vous vous blâmez encore plus.
Peut-être que vous essayez 5 fois. 10 fois. 20 fois.
À chaque échec, votre confiance diminue un peu plus.
À chaque échec, vous vous enfoncez un peu plus dans la croyance que vous ne pourrez jamais vous en sortir.
"Je suis condamné à prendre ce médicament pour toujours. Je n'y arriverai jamais. Je suis trop faible."
Mais ce n'est pas vrai.
Vos échecs passés ne prédisent pas vos chances futures.
La différence entre l'échec et le succès, ce n'est pas votre volonté ou votre force de caractère.
C'est le protocole.
Avec le bon protocole — lent, progressif, supervisé — vous pouvez réussir.
Des milliers de personnes qui ont échoué 10, 20, 30 fois avec des tentatives rapides ont finalement réussi avec un sevrage structuré approprié.
Ce qu'on aurait dû vous dire pendant toutes ces années
Que ce soit au mois 3, au mois 6, à l'année 1, à l'année 2...
À un moment donné pendant toutes ces années, votre pharmacien aurait dû vous dire :
"Je remarque que vous prenez ce médicament depuis [X mois/années] maintenant. C'est beaucoup trop long. Les recommandations de Santé Canada sont de 2 à 4 semaines maximum.
Vous êtes maintenant dépendant physiologiquement — votre cerveau s'est adapté au médicament. Ce n'est pas votre faute, mais c'est la réalité.
Les risques dont je dois vous parler ne sont pas juste les chutes ou la perte de mémoire dans 20 ans. Le risque immédiat, c'est que plus vous continuez, plus le sevrage sera difficile.
Avez-vous discuté avec votre médecin d'un plan de sevrage très progressif? Parce que vous ne pourrez pas simplement arrêter ce médicament quand vous déciderez que 'c'est le temps'. Il faudra un protocole structuré sur plusieurs mois.
Je dois en parler à votre médecin. Ce n'est pas normal qu'on vous laisse continuer comme ça."
Mais ça ne se passe presque jamais.
La vérité cruelle sur le temps qui passe
Le temps n'arrange rien. Le temps empire tout.
Pendant que vous travaillez consciencieusement sur vos habitudes de vie, que vous méditez, que vous évitez le café, que vous allez en thérapie, que vous pensez que "tout va finir par rentrer dans l'ordre" :
- Votre dépendance s'approfondit
- La tolérance s'installe (le médicament fonctionne de moins en moins)
- Votre anxiété empire peut-être à cause de cette tolérance
- Le sevrage devient de plus en plus difficile à chaque mois qui passe
Vous pensez que vous vous préparez à arrêter.
En réalité, vous creusez le trou de plus en plus profond.
Et personne ne vous dit que vos "stratégies d'arrêt" — pas de café, sport avant 16h, pas de télé le soir, méditation — ne sont pas des stratégies d'arrêt du tout.
Ce sont des stratégies de gestion de l'anxiété. C'est excellent. Mais ça ne règle pas la dépendance physiologique.
La vraie stratégie d'arrêt, c'est un sevrage médical structuré, très lent, sur 6 à 18 mois ou plus, avec des réductions graduelles de 5-10% toutes les 2 à 4 semaines.
Mais personne ne vous en parle. Mois après mois. Année après année.
4. Le sevrage : ça va être dur
Maintenant que vous savez tout ce qui n'a pas fonctionné, parlons de ce qui fonctionne.
Une chose importante avant de commencer : le sevrage n'est pas obligatoire.
C'est un choix qui vous appartient. Un choix personnel qui se défend tout à fait.
Ce choix dépend de plein de facteurs : votre âge, votre contexte médical, votre situation de vie, vos priorités, votre état de santé global.
Pour certaines personnes, continuer à prendre des benzodiazépines avec supervision médicale peut être la meilleure option. Et c'est correct.
Il n'y a pas de mauvaise décision. Il y a juste votre décision.
Si vous décidez d'entreprendre un sevrage structuré — un vrai, fait correctement, avec supervision — voici à quoi ça va ressembler.
Ce n'est pas ce que vous pensiez
D'abord, oubliez tout ce que vous avez essayé avant. Les 3-4 semaines. La moitié de dose d'un coup. Un jour sur deux.
Tout ça, ce n'était pas du sevrage. C'étaient des tentatives improvisées.
Le sevrage structuré, c'est autre chose.
Voici ce que ça implique vraiment
La durée : Si vous prenez des benzodiazépines depuis très longtemps — 5 ans, 10 ans, 20 ans — ça pourrait prendre plus de 2 ans. Pour des durées de traitement plus courtes, on parle de 6 mois minimum. Souvent 12 à 18 mois.
Oui. Des mois. Pas des semaines.
Le rythme : Vous allez réduire de 5 à 10% de votre dose actuelle toutes les 2 à 4 semaines. Parfois même de 6 à 8 semaines. Ça dépend de comment vous allez.
Pas 50%. Pas 25%. 5 à 10%.
La formulation : Votre médecin va vous prescrire une formulation liquide pour pouvoir faire des ajustements très précis, surtout quand vous serez rendu à de très petites doses.
Les pauses : Si les symptômes deviennent trop intenses, vous allez faire une pause. Vous allez stabiliser à cette dose pendant quelques semaines avant de continuer.
Le suivi : Vous allez voir votre médecin régulièrement. Pas une fois par an. Régulièrement.
Oui mais... pas pour tout le monde
Bon, soyons honnêtes une minute.
Il y a des gens — une minorité chanceuse — pour qui tout ce protocole compliqué n'est pas nécessaire.
Ils arrêtent leurs benzodiazépines comme une chatte accouche de chatons. Ça sort tout seul. Pas de drame. Pas de symptômes insurmontables. Ils sont corrects.
Si vous êtes cette personne : félicitations. Vous avez gagné à la loterie génétique ou circonstancielle.
Mais si vous lisez ce document, il y a de bonnes chances que vous ne soyez pas cette personne.
Pour la majorité des gens qui prennent des benzodiazépines depuis des mois ou des années, le sevrage structuré dont on parle ici, ce n'est pas du luxe.
C'est une nécessité.
Tout ça existe déjà depuis 40 ans
Vous vous demandez peut-être : "Mais pourquoi personne ne m'a jamais parlé de ça ?"
Bonne question.
Parce que tout ce que je viens de vous décrire — le sevrage lent, progressif, sur des mois — ce n'est pas nouveau. Ce n'est pas révolutionnaire.
C'est le manuel Ashton. Ça fait 40 ans que ça existe.
C'est documenté dans les programmes de déprescription de l'ASAM (American Society of Addiction Medicine) aux États-Unis en 2025.
C'est dans le guide de déprescription du Maudsley en 2024 — un psychiatre en Angleterre qui a documenté tout ça.
C'est connu. C'est établi. Ça existe.
Vous avez juste à le demander à votre médecin et votre pharmacien.
Ça peut se faire.
Le problème n'est pas que le protocole n'existe pas.
Le problème, c'est qu'on ne vous l'a jamais offert.
Comment ça se passe vraiment, mois après mois
Parce que c'est une chose de connaître le protocole sur papier. C'en est une autre de le vivre pendant des mois.
Voici ce que vous allez probablement ressentir.
Les premiers mois : l'espoir et les doutes
Vous commencez avec espoir. Cette fois, c'est différent. Vous avez un plan. Vous avez un médecin qui vous suit. Vous savez que ça va prendre du temps.
La première réduction : ça va. C'est gérable. Vous vous sentez encouragé.
La deuxième réduction : les symptômes commencent. Anxiété légère. Sommeil un peu plus difficile. Mais rien d'insurmontable.
La troisième, la quatrième réduction : les symptômes persistent. Ce n'est pas terrible, mais c'est là. Tout le temps.
Et là, vous vous demandez : "Est-ce que je vais tenir le coup pendant des mois comme ça ?"
Les plateaux de stabilisation
Entre chaque réduction, vous stabilisez. Pendant 2 semaines. Ou 4. Ou 6.
Vous apprenez à reconnaître votre "nouvelle normale" à cette dose.
Ce n'est pas confortable. Ce n'est pas comme avant que vous commenciez les benzodiazépines. Mais ce n'est pas non plus la crise totale.
C'est inconfortable, mais tolérable.
Et petit à petit, votre cerveau s'adapte. Les symptômes diminuent un peu. Vous êtes prêt pour la prochaine réduction.
Les mauvaises semaines
Parfois, sans raison apparente, les symptômes sont plus intenses.
Vous ne dormez plus. L'anxiété est forte. Vous êtes irritable. Vous vous sentez découragé.
Vous pensez : "Je n'y arriverai jamais. C'est trop dur. Peut-être que je devrais juste reprendre ma dose et abandonner."
Vous en parlez à votre médecin. Il vous dit : "On fait une pause. On stabilise ici pendant quelques semaines supplémentaires. On ne continue pas tant que vous n'êtes pas prêt."
Ce n'est pas un échec. C'est le processus.
Le sevrage n'est pas une ligne droite. Il y a des hauts et des bas. Des semaines faciles et des semaines difficiles.
Ajuster le rythme selon votre état, ce n'est pas de la faiblesse. C'est de l'intelligence.
Les bonnes semaines
Et puis il y a ces semaines où vous vous sentez presque normal.
Vous dormez mieux. L'anxiété est gérable. Vous avez de l'énergie.
Vous commencez à vous souvenir de ce que c'est que de vivre sans ce brouillard constant.
Ces moments vous donnent la force de continuer. Ils vous rappellent pourquoi vous faites ça.
Vous vous dites : "C'est possible. Je vais y arriver."
Vous allez avoir besoin de soutien
Il y a une chose qu'on ne vous dit pas assez : vous ne pouvez pas faire ça seul.
Vous allez avoir besoin de votre famille. De votre conjoint ou conjointe. De vos enfants. De vos amis proches.
Parce qu'il va y avoir des journées où vous serez irritable sans raison. Des soirs où vous ne dormirez pas. Des moments où vous serez découragé et où vous aurez envie d'abandonner.
Votre entourage doit comprendre ce que vous traversez.
Ils doivent savoir que ce n'est pas vous qui êtes difficile — c'est le sevrage qui est difficile.
Ils doivent savoir que leur patience, leur écoute, leur présence, ça compte énormément.
Le soutien de vos proches n'est pas un "plus". C'est une partie essentielle du processus.
Parlez-leur de ce que vous vivez. Expliquez-leur ce qu'est le sevrage. Dites-leur ce dont vous avez besoin.
Vous n'avez pas à traverser ça seul.
La relation avec votre médecin
Cette fois, ce n'est pas comme avant.
Vous voyez votre médecin régulièrement. Pas une fois par an pour un renouvellement automatique.
Il ou elle vous écoute vraiment. Vous parlez de vos symptômes. Vous ajustez le plan ensemble.
Certaines semaines, vous ralentissez. D'autres semaines, vous continuez comme prévu.
Vous n'êtes pas seul dans ce processus. Vous avez un guide. Vous avez quelqu'un qui sait ce que vous vivez et qui vous accompagne.
C'est ce qui fait toute la différence.
Les médicaments d'appoint : une réalité compliquée
Il se peut que votre médecin vous propose de prendre d'autres médicaments pendant le sevrage pour vous aider à gérer les symptômes.
Des antidépresseurs. Des anti-anxiété non benzodiazépines. Des somnifères. Quelque chose pour stabiliser l'humeur.
L'idée semble logique : si les symptômes sont trop intenses, on ajoute temporairement quelque chose pour vous soutenir pendant la transition.
Et pour certaines personnes, ça aide. Vraiment. Ça rend le sevrage tolérable alors qu'il ne l'aurait pas été autrement.
Mais il faut être honnête : ce n'est pas toujours simple.
Parce qu'introduire de nouvelles molécules pendant que vous essayez de vous sevrer d'une autre, c'est complexe.
- Les nouveaux médicaments ont leurs propres effets secondaires
- Parfois, il devient difficile de savoir : est-ce que c'est le sevrage qui me fait sentir comme ça, ou le nouveau médicament, ou les deux ?
- Certains médicaments prennent des semaines avant de fonctionner
- Et si ça ne fonctionne pas, vous devrez peut-être en essayer un autre, puis un autre
Il n'y a pas de bonne réponse universelle.
Pour certaines personnes, les médicaments d'appoint sont un outil précieux qui rend le sevrage possible.
Pour d'autres, ça complique les choses et ça ajoute une couche de confusion sur ce qui se passe vraiment dans leur corps.
Et parfois, quand ça va pas, ça va pas. Et vous avez besoin de quelque chose. N'importe quoi. Pour tenir le coup.
Ce qu'il faut retenir :
Si votre médecin propose d'ajouter un médicament, c'est une décision qui vous appartient. Discutez-en ouvertement :
- Pourquoi ce médicament spécifiquement ?
- Quels sont les effets secondaires possibles ?
- Combien de temps avant que ça fasse effet ?
- Est-ce temporaire ou à long terme ?
- Qu'est-ce qui se passe si ça ne fonctionne pas ?
Il n'y a pas de honte à accepter de l'aide pharmacologique pendant le sevrage. Et il n'y a pas de honte à refuser non plus.
C'est votre corps. C'est votre sevrage. C'est votre décision.
Les derniers mois : si proche du but
Vous êtes rendu à de très petites doses maintenant. 0,5 mg. 0,25 mg. Parfois moins.
Les doses deviennent minuscules. Vous utilisez la formulation liquide pour faire des ajustements très précis.
Chaque réduction compte. Vous êtes si proche.
Et en même temps, vous avez peur. Peur de la dernière dose.
"Qu'est-ce qui va se passer quand je vais prendre ma dernière goutte ? Est-ce que je vais m'effondrer ?"
Votre médecin vous rassure : "Si on est rendu ici, c'est parce que votre cerveau s'est réadapté petit à petit. La dernière dose ne sera pas pire que les autres. Vous êtes prêt."
Ça va être difficile
On ne va pas vous mentir. Même fait correctement, le sevrage va être difficile.
Vous allez avoir des symptômes. Pas aussi intenses que lors de vos tentatives ratées, mais ils vont être là.
Anxiété. Insomnie. Peut-être des tremblements. De l'irritabilité. Des difficultés de concentration.
Certaines semaines vont être plus faciles. D'autres vont être vraiment difficiles.
Ce n'est pas pour rien qu'un docteur de l'Université de Montréal et McGill a dit dans le journal que c'était très, très, très difficile. Trois fois "très".
Mais voici ce qui est différent cette fois :
- Vous savez ce qui vous attend
- Vous avez un plan adapté à votre situation
- Vous avez un médecin qui vous suit
- Vous avez le soutien de vos proches
- Vous pouvez ajuster le rythme selon votre état
- Vous n'êtes pas seul
Mais ça va fonctionner
Parce que cette fois, vous allez assez lentement.
Votre cerveau va avoir le temps de se réadapter. Petit à petit. Semaine après semaine. Mois après mois.
Et un jour — dans 6 mois, dans un an, dans 18 mois — vous allez prendre votre dernière dose.
Ce ne sera pas facile. Mais ce sera possible.
Des milliers de personnes l'ont fait avant vous.
Vous pouvez le faire aussi.
5. Le post-sevrage : vous guérissez, lentement
Vous avez tenu bon pendant des mois. Vous avez fait toutes les réductions. Vous avez traversé les mauvaises semaines. Vous vous êtes appuyé sur vos proches.
Et maintenant, vous y êtes.
Vous avez pris votre dernière dose.
Vous avez réussi... ou du moins, c'est ce que vous pensiez
C'est fini. Terminé. Vous l'avez fait.
Après tout ce temps — 6 mois, 12 mois, 18 mois, peut-être même plus — vous êtes enfin libre.
C'est un moment de victoire. Vous devriez être soulagé. Vous devriez vous sentir bien. Vous devriez pouvoir tourner la page.
Votre médecin vous félicite. Votre famille est fière de vous. Vous êtes fier de vous.
Les premières semaines après la dernière dose, vous vous sentez peut-être bien. Mieux qu'attendu, même.
Vous pensez : "Finalement, ce n'était pas si pire. Je m'en suis sorti. C'est vraiment terminé."
Mais quelque chose ne va pas
Puis, quelques semaines plus tard — parfois un mois, parfois deux — quelque chose change.
Les symptômes reviennent.
Ça commence subtilement
L'anxiété ressurgit. Pas aussi intense qu'au début du sevrage, mais elle est là. Présente. Tenace.
Vous avez du mal à dormir. Encore. Vous pensiez que c'était fini, mais l'insomnie revient par vagues.
Vous vous sentez irritable. Fatigué. Votre concentration n'est pas aussi bonne que vous l'espériez.
Les symptômes physiques : ce qui est vraiment bizarre
Mais ce qui est peut-être le plus déstabilisant, ce sont les symptômes physiques.
Parce que ce ne sont pas juste des symptômes psychologiques ou de la fatigue générale.
Ce sont des symptômes physiques concrets, documentés, et souvent terrifiants :
- Maux de tête : Persistants, qui ne répondent pas toujours aux analgésiques habituels
- Syndrome des jambes sans repos : Cette envie irrépressible de bouger les jambes, surtout la nuit
- Tremblements : Des mains, parfois du corps entier. Vous aurez peur d'avoir le Parkinson.
- Contractions musculaires involontaires : Des spasmes, des twitches, des muscles qui sautent sans raison
- Serrements au cœur, palpitations : Vous irez à l'urgence. On fera un ECG. Tout sera correct. Mais les symptômes, eux, sont bien réels.
- Rash de peau : Des éruptions cutanées inexpliquées
- Problèmes digestifs : Nausées, diarrhée, constipation, douleurs abdominales
- Douleurs articulaires : Vos genoux font mal. Votre dos fait mal. Vos épaules font mal.
- Sensibilité sensorielle : Au bruit, à la lumière, aux odeurs
- Acouphènes : Des bourdonnements dans les oreilles
- Vision floue ou problèmes visuels
La liste est longue. Vraiment longue.
Et voici ce qui rend tout ça encore plus difficile :
Vous allez consulter. Vous allez passer des examens.
ECG pour le cœur : normal.
Prises de sang : normales.
Imagerie médicale : normale.
Tout est normal.
Et là, vous vous demandez : "Est-ce que je deviens fou ? Est-ce que c'est juste dans ma tête ?"
Non. Ce n'est pas dans votre tête.
Ces symptômes sont réels. Ils sont documentés. Ils font partie du syndrome post-sevrage.
Votre système nerveux est encore en train de se recalibrer. Votre cerveau réapprend à réguler toutes ces fonctions — sommeil, douleur, température, digestion, tout — sans les benzodiazépines.
Ça prend du temps. Et pendant ce temps, votre corps peut manifester toutes sortes de symptômes bizarres.
Mais ils sont temporaires. Ils vont diminuer. Ils vont disparaître.
Ça prend juste du temps.
La panique s'installe
Face à tout ça, vous commencez à paniquer.
"Ai-je échoué ?"
"Est-ce que je suis encore en sevrage ?"
"Peut-être que j'ai arrêté trop vite. Peut-être que j'aurais dû ralentir encore plus vers la fin."
"Est-ce que je vais devoir recommencer à prendre des benzodiazépines ?"
"Est-ce que ça ne finira jamais ?"
Ces questions sont normales. Et elles sont terrifiantes.
Parce que vous venez de passer des mois — peut-être plus d'un an — à vous sevrer. Vous avez enduré tant de choses. Vous avez tenu bon.
Et maintenant, vous vous demandez si tout ça n'a servi à rien.
Ce que personne ne vous avait dit
Voici ce qu'on aurait dû vous dire avant même que vous preniez votre dernière dose :
"Le sevrage ne se termine pas le jour où vous prenez votre dernière pilule.
Il y a une période de récupération après l'arrêt complet. On l'appelle le syndrome post-sevrage, ou le syndrome post-sevrage prolongé.
Pendant cette période — qui peut durer des semaines, des mois, parfois même plus d'un an — vous allez continuer à avoir des symptômes.
Ils ne seront pas aussi intenses qu'au début du sevrage. Mais ils seront là. Par vagues.
Ce n'est pas parce que vous avez échoué. Ce n'est pas parce que vous avez arrêté trop vite. Ce n'est pas parce que vous devez reprendre vos médicaments.
C'est simplement votre cerveau qui continue de se réajuster."
Mais on ne vous a probablement pas dit ça.
Alors maintenant, vous êtes là, terrifié, à vous demander ce qui se passe.
Ce qui se passe vraiment : votre cerveau se réajuste encore
Pensez-y une minute.
Votre cerveau a passé combien de temps à fonctionner avec des benzodiazépines ? Des mois ? Des années ?
Puis il a passé encore des mois à se sevrer progressivement, à réapprendre à fonctionner avec de moins en moins de médicament.
Maintenant, pour la première fois depuis tout ce temps, il n'y a plus rien. Plus de benzodiazépines du tout.
Votre cerveau doit retrouver son équilibre naturel. Complètement. Sans aucune aide chimique.
Ce processus ne se fait pas du jour au lendemain.
Les récepteurs GABA dans votre cerveau — ceux que les benzodiazépines ont affectés pendant si longtemps — doivent se normaliser complètement.
Votre système nerveux doit retrouver sa régulation naturelle.
Vos neurotransmetteurs doivent se rééquilibrer sans intervention externe.
Tout ça prend du temps. Beaucoup de temps.
Ce n'est pas un échec. C'est la guérison.
Les symptômes post-sevrage ne sont pas un signe que vous avez échoué.
Ils sont un signe que votre corps guérit.
C'est inconfortable. C'est frustrant. C'est décourageant parfois.
Mais c'est le processus normal de récupération.
Les vagues : "windows and waves"
Les gens qui vivent le post-sevrage utilisent souvent cette expression : "windows and waves" (fenêtres et vagues).
Les vagues (waves)
Ce sont les périodes où les symptômes sont plus intenses.
Ça peut durer quelques jours. Parfois une semaine. Parfois plus.
Pendant ces vagues, vous vous sentez comme si vous reculiez. Comme si tous vos progrès s'effaçaient.
L'anxiété est forte. Le sommeil est difficile. Vous êtes irritable, fatigué, découragé.
Vous pensez : "Ça ne finira jamais."
Les fenêtres (windows)
Ce sont les périodes où vous vous sentez mieux.
Parfois beaucoup mieux. Presque normal.
Pendant ces fenêtres, vous pouvez dormir. L'anxiété est gérable. Vous avez de l'énergie. Vous pouvez fonctionner.
Vous pensez : "Ça y est, je suis guéri !"
Ce que ça fait vraiment : l'exemple vécu
Laissez-moi vous montrer concrètement comment ça se passe.
Vous avez trois semaines extraordinaires. Vous dormez bien. Vous êtes fonctionnel. L'anxiété est gérable. Vous vous sentez comme vous-même pour la première fois depuis des années.
Vous vous dites : "Ça y est, je suis guéri ! C'est vraiment terminé cette fois. Tout va bien."
Vous recommencez à faire des projets. Vous reprenez confiance. Vous osez croire que le pire est derrière vous.
Et puis, sans avertissement, ça frappe.
La vague revient. L'anxiété explose. Vous ne dormez plus. Vous êtes irritable, tendu, épuisé.
Et vous vous effondrez mentalement.
"J'aurais pas dû m'emballer. Je pensais que c'était fini mais c'est pas fini. Je vais pas bien. Pas bien du tout.
Mon médecin m'avait dit que ça irait mieux dès que la molécule ne serait plus là. Le pharmacien aussi. Le psy aussi.
Mais c'est pas vrai. Maudit que ça n'a pas de bon sens.
Pourquoi est-ce que ça revient ? Qu'est-ce que j'ai fait de mal ? Est-ce que je vais jamais m'en sortir ?"
Cette expérience — cette montagne russe émotionnelle — c'est exactement ce qu'on appelle "windows and waves".
Et c'est épuisant. Pas juste physiquement. Émotionnellement.
Le pire, c'est que vos professionnels vous avaient dit que ça irait mieux "dès que la molécule ne serait plus là".
Ils vous avaient laissé croire que le jour de votre dernière dose, ce serait fini. Terminé. Guéri.
Mais ce n'est pas ça qui se passe.
Et maintenant, en plus de gérer les symptômes, vous devez gérer la déception, la frustration, la colère d'avoir encore été mal informé.
Encore une fois, on ne vous a pas dit toute la vérité.
Mais voici ce qu'il faut comprendre :
Le fait que vous ayez eu trois bonnes semaines, c'est la preuve que vous guérissez.
Le fait que la vague soit revenue, ce n'est pas un échec. C'est juste le processus non linéaire de guérison.
La prochaine fois, peut-être que vous aurez quatre bonnes semaines. Puis cinq. Puis six.
Et les vagues, quand elles reviendront, seront peut-être un peu moins intenses. Un peu plus courtes.
Vous ne le voyez pas sur le moment. Mais c'est ce qui se passe.
Le piège des vagues qui reviennent
Voici la vérité sur les fenêtres et les vagues :
Au début, les vagues sont fréquentes et longues. Les fenêtres sont rares et courtes.
Avec le temps — des semaines, des mois — les fenêtres deviennent plus fréquentes et plus longues. Les vagues deviennent moins intenses et plus courtes.
Progressivement, imperceptiblement, les bonnes journées deviennent plus nombreuses que les mauvaises.
Jusqu'au jour où vous réalisez que vous n'avez pas eu de mauvaise journée depuis des semaines.
La progression n'est pas linéaire
C'est peut-être l'aspect le plus frustrant du post-sevrage.
Vous ne vous améliorez pas de façon constante, prévisible, linéaire.
Ce n'est pas : "Cette semaine je vais mieux qu'hier, la semaine prochaine je vais encore mieux."
C'est plutôt :
- Semaine 1 : Ça va bien
- Semaine 2 : Ça va moins bien
- Semaine 3 : Ça va terrible
- Semaine 4 : Ça va mieux
- Semaine 5 : Ça va vraiment bien
- Semaine 6 : Ça rechute
- Semaine 7 : Ça va correct
- Et ainsi de suite...
Mais si vous regardez la tendance générale sur plusieurs mois, vous verrez que ça s'améliore.
Lentement. Imperceptiblement. Mais ça s'améliore.
Le post-sevrage ne se mesure pas de mois en mois.
Il faut regarder les progrès par périodes de 4 à 6 mois.
Si vous vous comparez à comment vous étiez le mois dernier, vous risquez de ne voir aucune amélioration. Vous allez vous décourager.
Mais si vous vous comparez à comment vous étiez il y a 4 mois, il y a 6 mois — là, vous pourrez peut-être voir une différence.
Les changements sont si lents, si graduels, que vous ne les remarquez pas semaine après semaine ou même mois après mois.
C'est seulement en regardant en arrière sur une période de plusieurs mois que vous pourrez dire :
"Il y a 6 mois, j'avais des mauvaises journées presque tous les jours. Maintenant, j'en ai peut-être 2-3 fois par semaine.
Il y a 6 mois, mes symptômes physiques étaient constants. Maintenant, ils viennent par vagues et ils sont moins intenses.
Il y a 6 mois, je ne dormais presque pas. Maintenant, je dors 4-5 heures la plupart des nuits, parfois plus."
C'est ça, les progrès en post-sevrage.
Pas spectaculaires. Pas rapides. Mais réels.
Le moment où vous le réalisez vraiment
Et puis un jour, ça vous frappe.
C'est Noël. Vous êtes avec votre famille, vos proches, vos amis.
Et là, quelque chose vous traverse l'esprit :
"Merde... comme je me sens mieux que Noël passé."
Vous vous souvenez. L'année dernière à Noël, vous étiez en plein sevrage. Ou en plein post-sevrage. Vous souffriez. Vous teniez à peine le coup.
Et maintenant, vous êtes là. Et vous allez mieux.
Pas parfaitement. Mais mieux.
Et vous avez le goût de prendre vos amis dans vos bras. Vos proches. Vos enfants.
Juste parce que vous êtes heureux. Content. Reconnaissant d'être juste mieux qu'avant.
C'est un moment simple. Mais c'est un moment puissant.
Parce que c'est le moment où vous réalisez vraiment que vous guérissez.
Conseil pratique pour votre journal :
Notez vos symptômes régulièrement, mais ne les analysez pas constamment.
Écrivez ce que vous vivez. Puis fermez le journal.
Puis, tous les 4 à 6 mois, prenez le temps de relire vos entrées.
C'est là que vous verrez les progrès. C'est là que vous trouverez l'espoir de continuer.
Combien de temps ça va durer ?
C'est la question que tout le monde pose. Et c'est la question à laquelle personne ne peut vraiment répondre.
Parce que ça varie énormément d'une personne à l'autre.
Les facteurs qui influencent la durée
- Combien de temps vous avez pris des benzodiazépines : Plus longtemps vous les avez prises, plus long sera probablement le post-sevrage
- La dose que vous preniez : Des doses plus élevées peuvent mener à des symptômes post-sevrage plus prolongés
- La vitesse de votre sevrage : Un sevrage trop rapide peut prolonger les symptômes post-sevrage
- Votre physiologie individuelle : Chaque personne récupère à son propre rythme
- Votre état de santé général : Votre alimentation, votre sommeil, votre niveau de stress, votre support social
Les délais réalistes
Pour certaines personnes, les symptômes post-sevrage durent quelques semaines ou quelques mois.
Pour d'autres, ça peut durer 6 mois, 12 mois, parfois 18 mois ou plus.
Dans de rares cas, certains symptômes peuvent persister plus longtemps encore.
Mais voici ce qui est important de comprendre :
Même si ça prend du temps, la grande majorité des gens finissent par récupérer complètement.
Les symptômes ne sont pas permanents. Ils diminuent avec le temps.
Votre cerveau a une capacité remarquable de guérison. Il faut juste lui donner le temps.
Ce qui peut vous aider pendant le post-sevrage
Vous n'êtes pas complètement impuissant pendant cette période. Il y a des choses que vous pouvez faire pour soutenir votre guérison.
Soyez patient avec vous-même
C'est peut-être la chose la plus difficile, mais aussi la plus importante.
Vous ne pouvez pas forcer votre cerveau à guérir plus vite. Vous ne pouvez pas "vous secouer" et décider d'aller mieux.
Tout ce que vous pouvez faire, c'est accepter que c'est un processus, et être patient.
Maintenez vos bonnes habitudes
Les choses qui vous ont aidé pendant le sevrage continuent d'être importantes :
- Dormez autant que vous le pouvez (même si le sommeil est difficile)
- Mangez bien
- Bougez — marchez, faites de l'exercice léger si vous en êtes capable
- Évitez l'alcool et la caféine excessive
- Pratiquez la respiration, la méditation, ou d'autres techniques de relaxation
Gardez le contact avec vos proches
Le soutien de votre famille et de vos amis reste essentiel.
Ils doivent comprendre que ce n'est pas fini juste parce que vous avez arrêté les médicaments.
Vous allez encore avoir besoin d'eux. De leur patience. De leur compréhension.
Trouvez du soutien de gens qui comprennent
Parler à d'autres personnes qui vivent ou qui ont vécu le post-sevrage peut être incroyablement rassurant.
Ils comprennent les vagues. Ils comprennent les fenêtres. Ils comprennent que ce n'est pas "juste dans votre tête".
Des groupes de soutien en ligne, des forums, des communautés — ces ressources existent et peuvent faire une énorme différence.
Mais attention : pas trop.
Savoir que vous n'êtes pas seul(e), c'est précieux. Les belles histoires de réussite donnent de l'espoir. Vous vous dites : "C'est possible. Ça va être moi."
Mais il y a aussi les histoires d'horreur. Et si vous passez des heures à les lire, vous allez basculer de l'autre côté. Vous allez sombrer dans le négativisme. Le désespoir. Les regrets. Vos rêves brisés.
Ce n'est pas bon.
Prenez ce dont vous avez besoin pour vous sentir moins seul. Lisez quelques témoignages encourageants. Posez vos questions. Puis fermez l'écran.
Votre guérison ne se passe pas dans les forums. Elle se passe dans votre vie, dans votre corps, dans votre quotidien.
Quand consulter
Il est important de rester en contact avec votre médecin pendant le post-sevrage.
Pas parce qu'il peut "réparer" le post-sevrage (il ne peut pas), mais parce qu'il peut :
- Vous rassurer que ce que vous vivez est normal
- Éliminer d'autres causes possibles pour vos symptômes
- Vous aider à gérer les symptômes les plus difficiles
- Vous orienter vers du soutien supplémentaire si nécessaire
Attention : Certains médecins peuvent suggérer de reprendre les benzodiazépines ou de commencer d'autres médicaments anxiolytiques pour "traiter" vos symptômes post-sevrage.
Dans la vaste majorité des cas, ce n'est pas nécessaire et ce n'est pas recommandé.
Votre cerveau a besoin de temps pour guérir — pas de nouveaux médicaments.
Sauf dans de rares cas où les symptômes sont vraiment insupportables, l'approche privilégiée est : patience, soutien, et temps.
L'espoir : vous allez guérir
Voici ce que vous devez savoir, même quand tout semble sombre :
Vous allez guérir.
Ça prend du temps. Beaucoup de temps parfois. Plus de temps que vous l'auriez voulu.
Mais vous allez guérir.
Un jour — dans quelques mois, dans un an, peut-être plus — vous allez vous réveiller et réaliser que vous n'avez pas pensé à vos symptômes depuis des jours.
Vous allez remarquer que vous dormez mieux. Que votre anxiété est gérable. Que vous avez de l'énergie.
Les mauvaises journées vont devenir de plus en plus rares. Les bonnes journées vont devenir votre nouvelle normale.
Et un jour, vous allez regarder en arrière et voir tout le chemin que vous avez parcouru.
Vous avez survécu à la dépendance.
Vous avez survécu au sevrage.
Vous allez survivre au post-sevrage.
Et après tout ça, vous serez libre.
6. Il y a de l'espoir : la BenzoVeillance
Après avoir lu tout ce qui précède, vous vous demandez peut-être : "Et maintenant? Est-ce que je suis condamné à prendre ce médicament pour toujours? Est-ce qu'il y a une issue?"
Oui. Il y a une issue. Et il y a de l'espoir.
La BenzoVeillance est un ensemble de propositions concrètes pour que ce qui vous est arrivé n'arrive plus jamais à personne d'autre.
Pour en savoir plus sur la BenzoVeillance, consultez : La benzoVeillance c'est quoi?
Pour comprendre l'ampleur du problème : Crise des benzodiazépines prescrites au Québec
Ce que la benzoVeillance va changer
La benzoVeillance propose des changements qui auraient dû exister depuis longtemps :
1. Consentement éclairé écrit AVANT toute prescription de plus de 28 jours
Plus jamais un patient ne devrait commencer un traitement aux benzodiazépines sans savoir clairement que :
- La dépendance physiologique survient après 2 à 4 semaines
- Le traitement qui commence par "quelques semaines" pourrait s'avérer durer des mois, des années, voire des décennies si rien n'est fait pour l'arrêter
- Le sevrage nécessitera un protocole adapté à la durée du traitement et peut s'avérer très difficile physiquement et psychologiquement
- Le médicament peut cesser de fonctionner et même aggraver l'anxiété à cause de la tolérance
- Des symptômes peuvent persister des mois après l'arrêt complet (syndrome post-sevrage)
Cette information doit être donnée idéalement AVANT la première pilule, pas après que vous êtes devenu dépendant.
2. Plan de sevrage structuré discuté DÈS LE DÉBUT
Dès la première prescription ou en cours de traitement prolongé, votre médecin ou pharmacien devrait vous expliquer comment le sevrage se fera selon la durée du traitement :
Si le traitement dure quelques semaines :
"Le sevrage prendra quelques semaines avec fractionnement de pilules. On réduira progressivement sur une période équivalente à la durée du traitement."
Si le traitement dure plusieurs mois :
"Le sevrage nécessitera plusieurs mois. On utilisera soit le fractionnement de pilules, soit une formulation liquide selon votre ressenti et la précision requise. Réductions de 5-10% toutes les 2-4 semaines, avec ajustements selon votre tolérance."
Si le traitement dure des années ou plus de 10 ans :
"Il est fort probable que ce sera un long processus très difficile physiquement et psychologiquement. On planifie un calendrier de sevrage de 12 à 24 mois, voire plus si nécessaire. Vous aurez besoin d'une formulation liquide pour des réductions très précises, d'un suivi rapproché, et de beaucoup de patience. Le sevrage peut s'avérer extrêmement exigeant après autant d'années."
On planifie tout ça dès maintenant.
Plus jamais un patient ne devrait se retrouver dépendant sans qu'un plan de sortie ait été discuté.
3. Formulations liquides accessibles
Pour permettre des réductions très précises (surtout sous 0,5 mg), les formulations liquides doivent être :
- Prescrites systématiquement pour le sevrage
- Disponibles facilement (pharmacies préparatrices)
- Remboursées par les assurances
Vous ne devriez plus avoir à couper des comprimés en 8 morceaux avec un couteau de cuisine.
4. Le pharmacien vous dit tout ce que vous devez savoir et faire
Votre pharmacien devrait :
- Vous questionner systématiquement si vous prenez des benzos depuis plus de 28 jours
- Vous expliquer les risques de dépendance et de tolérance
- Vous référer à votre médecin ou pharmacien pour un plan de sevrage si vous êtes déjà à plusieurs mois
- Assurer un suivi thérapeutique rigoureux au même titre que pour d'autres médicaments à risque
Plus jamais le silence mois après mois au comptoir de la pharmacie.
5. Les autres professionnels qui nomment l'éléphant dans la pièce
Le psychologue en TCC (Thérapie cognitivo-comportementale) : Devrait vous dire que les benzodiazépines peuvent aggraver l'insomnie ou l'anxiété à long terme et suggérer d'en parler à votre médecin ou pharmacien.
Le spécialiste du sommeil : Devrait mentionner que vos problèmes de sommeil pourraient être liés à votre usage chronique de benzos.
Le psychiatre : Devrait vérifier si vos nouveaux symptômes sont dus à la tolérance avant d'ajouter d'autres médicaments.
Plus jamais le silence collectif qui vous fait croire que le médicament n'est pas le problème.
Un dernier mot sur l'espoir
Important : La décision vous appartient
La volonté de se sevrer ou pas est une décision qui appartient au patient. Ce n'est pas impératif. Dans certains cas, cela pourrait ne pas être du tout le mieux pour vous. Personne ne devrait vous forcer à arrêter si vous ne vous sentez pas prêt ou si votre situation ne s'y prête pas.
Mais si vous avez décidé de vous sevrer...
Si vous êtes dépendant depuis des années, si vous avez essayé d'arrêter plusieurs fois sans succès, si vous pensez que vous êtes "condamné" à prendre ce médicament pour toujours :
Il y a des milliers de personnes qui étaient exactement dans votre situation et qui ont réussi à se sevrer.
Ça prend du temps. Ça prend un protocole approprié. Ça prend du soutien. Mais c'est possible.
La différence entre les échecs passés et le succès futur, c'est le protocole.
Vos échecs passés ne prédisent pas vos chances futures si on fait les choses correctement cette fois.
7. Vos droits en tant que patient
Ce qui vous est dû selon la loi québécoise
Article 8 de la Loi sur les services de santé et les services sociaux :
Vous avez le droit d'être informé sur votre état de santé de manière à connaître les différentes options et les risques associés.
Article 9 :
Vous avez le droit de participer à toute décision affectant votre santé.
Ces droits ont été bafoués deux fois :
- Quand on ne vous a pas informé dès le début des risques réels
- Quand on ne vous a pas donné un plan de sevrage approprié et qu'on vous a blâmé pour les échecs
Cela doit changer. Et la benzoVeillance existe pour que ça change.
8. Comment participer au mouvement #FaireEntendreRaison
Vous n'êtes pas seul(e) dans cette lutte. Des milliers de Québécois vivent la même chose que vous.
Des centaines de milliers de patients sont piégés dans la même situation — prenant des benzodiazépines depuis des mois ou des années sans avoir jamais reçu un consentement véritablement éclairé.
Vous pouvez :
Partager votre histoire
Votre témoignage a du pouvoir. Il valide l'expérience des autres. Il fait prendre conscience aux décideurs.
Rejoindre le mouvement
#FaireEntendreRaison mobilise pour exiger que les ordres professionnels agissent enfin.
Informer votre entourage
Arthur au bureau qui prend des benzos depuis 3 ans? Sa femme qui en prend depuis plus longtemps? Ils ont le droit de savoir aussi.
Exiger vos droits
Demandez à votre médecin ou pharmacien un plan de sevrage approprié. Demandez des formulations liquides. Demandez du temps.
Le changement commence maintenant
Pour aller plus loin
La benzoVeillance c'est quoi?
Découvrez en détail les propositions concrètes de la BenzoVeillance pour transformer les pratiques de prescription et protéger les patients.
Crise des benzodiazépines prescrites au Québec
Comprendre l'ampleur de la crise de santé publique : les chiffres, les faits, et pourquoi cette situation ne peut plus durer.
benzoVeillance.com
Parce que la crise a ses raisons
Pour plus d'informations, visitez benzoveillance.com