Mon combat pour faire entendre raison
Pendant plus de 15 ans, sans le savoir, je me suis rendu malade en prenant des benzodiazépines. Je croyais ma prescription sécuritaire. Elle a été autorisée environ 80 fois par 21 pharmaciens différents. Pas un seul n'est intervenu.
Après un sevrage de 6 mois dont je subis encore les contrecoups trois ans plus tard, j'ai décidé de porter plainte. Non pas pour obtenir justice pour moi-même — mon sort est joué — mais pour la personne qui, demain matin, poussera la porte de sa pharmacie en faisant naturellement confiance à son pharmacien.
Voici le récit factuel de mes démarches et de leurs résultats.
Le contexte : pourquoi j'ai porté plainte
Le mouvement #FaireEntendreRaison ne cherche pas à punir les professionnels de la santé eux-mêmes, mais le système dans lequel ils opèrent. Je ne pense pas un seul instant que les pharmaciens ou les médecins se lèvent le matin avec l'intention délibérée de nuire à leurs patients.
Cependant, le système dans lequel ils évoluent présente des lacunes importantes concernant le consentement éclairé pour les benzodiazépines. Les pratiques se sont établies au fil du temps, et le maintien prolongé des patients sous benzodiazépines est devenu une pratique courante, même lorsqu'elle dépasse les recommandations des fabricants.
Curieux tout de même : je suis convaincu que ce même système ne permettrait pas à un patient de rester un jour de trop sur un antibiotique, et encore moins sans l'avertir. Pourquoi ce même système exige-t-il systématiquement un formulaire de consentement signé pour une simple injection de cortisone ou d'iode, mais pas lorsque le patient s'expose aux dommages dévastateurs d'une pilule de benzo ?
Une précision importante
J'ai porté plainte contre des professionnels de la santé individuels parce que le système ne permet pas de porter plainte directement contre un ordre professionnel. La seule façon de questionner les pratiques systémiques est de passer par des plaintes impliquant des professionnels spécifiques. Mon objectif n'était pas de sanctionner des individus, mais de provoquer une réforme des pratiques à l'échelle de l'ordre.
Mes 14 plaintes à l'Ordre des pharmaciens du Québec
La proposition refusée
Au printemps 2024, j'ai proposé à l'OPQ de retirer mes 14 plaintes si l'Ordre annonçait publiquement une sérieuse réforme des façons de faire.
L'OPQ a ultimement refusé. Il a sciemment choisi, après réflexion, de faire subir des enquêtes à ses membres plutôt que de s'engager dans une réforme publique.
Les résultats après 10 mois d'enquête
Début de l'été 2025, les enquêtes sont terminées.
Mes 14 plaintes à l'OPQ n'ont pas été portées devant le conseil de discipline. Les audiences auraient été assurément publiques. Les journalistes auraient pu faire paraître des titres comme « Crise de santé publique : 14 pharmaciens devant le conseil de discipline ». Tout ça n'arrivera pas. Le syndic a choisi de régler le dossier à l'interne.
Règlement à huis clos
Mes dossiers ont été réglés à l'interne. Autrement dit, à huis clos, entre confrères et consœurs. Je ne sais donc pas exactement comment ça s'est réglé. Le règlement est confidentiel. Je ne sais pas non plus ce qu'il manquait à mon dossier pour être capable d'aller devant le Conseil de discipline. L'OPQ est juge et partie. Pas d'explications, pas de justifications.
Commodément, les ententes conclues en coulisse font disparaître les traces des plaintes. Ni vues, ni connues.
Le rôle du syndic et la confidentialité
Le syndic d'un ordre professionnel a le pouvoir de mener des enquêtes et de décider si une plainte doit être portée devant le conseil de discipline. Selon le Code des professions (article 142), le syndic peut conclure une entente avec le professionnel visé, et cette entente demeure confidentielle. Le plaignant n'a pas accès aux détails de cette entente ni aux justifications précises qui ont mené à la décision de ne pas porter l'affaire devant le conseil de discipline.
Ce mécanisme permet de régler des situations sans audience publique, mais il limite également la transparence du processus pour les patients qui ont porté plainte.
Un historique troublant
Selon le registre des décisions CanLII, sauf erreur, aucun pharmacien n'aurait été discipliné en plus de 30 ans à l'OPQ en lien avec des traitements aux benzodiazépines inappropriés et/ou non consentis.
Les enjeux liés aux benzodiazépines sont documentés depuis plusieurs décennies. Malgré cette connaissance, les mesures disciplinaires dans ce domaine demeurent absentes du registre public.
Une contradiction notable
Il ne faut pas rester surpris du sort réservé à mon dossier. Bien que le président de l'Ordre des pharmaciens ait reconnu par écrit, dans la revue INTERACTION (mars 2025), qu'il est aberrant de voir des patients sous benzodiazépines pendant des années, et qu'il affirme sur plusieurs tribunes que les pharmaciens sont tenus à des standards élevés de pratique fondée sur la science, ces principes sont restés sans portée réelle dans l'évaluation de mon dossier.
L'absence de sanctions dans ce contexte soulève des questions sur la cohérence entre les principes affirmés publiquement et leur application concrète dans l'évaluation des plaintes. Cette situation perpétue un écart entre les standards énoncés et la pratique observée.
Ma plainte au Collège des médecins du Québec
Ma plainte au Collège des médecins n'a pas non plus entraîné les changements systémiques espérés. L'idée que je n'avais pas consenti, de façon libre et éclairée telle que le prévoit la loi, à tous les risques et dangers des benzodiazépines ne les a visiblement pas émus, comme si ce droit fondamental était un concept irrecevable, voire hors sujet, ne méritant même pas d'être assuré dans le futur.
D'ailleurs, le Collège s'enorgueillit de son programme de surveillance des médicaments comme une avancée majeure — une sorte de remède miracle — alors même que le programme ne prévoit rien pour éviter de laisser le patient sortir de consultation sans avoir été prévenu. Rien dans le programme ne protège le patient de voir sa vie dérailler.
Comme exposé dans la page Analyse du programme du CMQ, le programme ressemble plus à un programme de formation continue, et ne tient pas compte du droit fondamental au consentement pourtant garanti par la loi.
Note au passage
Un syndic peut bel et bien considérer le non-consentement comme une faute, comme le prouve cet article du Journal de Montréal concernant un dentiste.
Mon plaidoyer au président de l'Ordre des pharmaciens
Début juillet 2025, j'ai écrit un plaidoyer au Président de l'Ordre des pharmaciens. Je lui ai demandé d'agir avec courage là où ses nombreux prédécesseurs ne l'avaient pas fait, afin d'assurer la protection du prochain patient qui poussera la porte d'une pharmacie.
Je n'ai pas réussi à le convaincre.
Premier courriel — 1er juillet 2025
Contexte : Ce courriel faisait suite au refus du syndic de porter à l'attention du président que ma plainte visant 14 pharmaciens contenait des éléments de preuve révélant des constats troublants : aucun d'entre eux n'avait agi conformément aux standards de pratique, ni à la hauteur des exigences liées à un médicament aussi dangereux que les benzodiazépines.
Bonjour Monsieur Desgagné,
Je suis une des nombreuses victimes de la crise de santé publique des benzodiazépines prescrites par des médecins et autorisées par des pharmaciens, telle que révélée dans l'émission Enquête de Radio-Canada en février 2024.
Ce courriel est pour vous demander d'intervenir de manière concrète et ferme afin de remédier à cette crise, en rendant obligatoires les interventions auprès des patients à qui des benzodiazépines sont prescrites de façon prolongée (au-delà de 2 à 4 semaines). C'était l'objectif de mes plaintes contre mes pharmaciens. Je n'ai pas atteint mon objectif. J'y reviens.
Je suis pleinement conscient que vous êtes libre de chiffonner ce courriel et de le jeter à la poubelle. Toutefois, j'ose espérer que votre conscience vous incitera à considérer avec sérieux la requête légitime d'une personne dont la qualité de vie a été gravement compromise par les failles d'un système dont vous avez la responsabilité d'assurer le bon fonctionnement.
Mon histoire
Pendant plus de 15 ans, sans le savoir, à l'instar des centaines de milliers de Québécois et Québécoises depuis des décennies, je me suis rendu malade en prenant des benzodiazépines.
Je croyais ma prescription sécuritaire, d'autant plus qu'elle a été autorisée environ 80 fois par 21 pharmaciens différents. Je n'étais nullement délinquant dans ma consommation, je coupais même la dose prescrite en deux. C'était le seul médicament que je prenais sur une base régulière. Pas un seul pharmacien n'est intervenu, contrairement à ce que l'OPQ exige (apparemment) dans ses standards de pratique, et à ce que vous souhaitez vous-même dans vos deux articles que vous avez tout récemment signés dans la publication INTERACTION de l'ordre des pharmaciens. C'est finalement auprès des groupes de soutien en ligne aux États-Unis que j'ai trouvé mes réponses, là où on n'est pas censé faire confiance à ce qu'on y lit.
Merci à mes proches, à mes filles surtout, à mes amis, aux infirmières du 811 et au centre d'aide pour prévenir le suicide pour m'avoir soutenu lors d'un très souffrant sevrage de 6 mois dont je subis encore les contrecoups 3 ans après avoir arrêté (trop abruptement?). Oui, le syndrome de sevrage prolongé existe bel et bien.
Mes plaintes et leurs résultats
En 2024, j'ai porté plainte contre 14 pharmaciens. Je gardais les autres pour plus tard.
Les conclusions des enquêtes sont désormais connues : le syndic a estimé que les dossiers ne justifient pas de passer devant le conseil de discipline.
Au fait, combien de fois le syndic a balayé ainsi sous le tapis les plaintes des patients en lien avec les benzos pour préserver l'image publique des pharmaciens et garder intact le remarquable et scintillant historique de zéro infractions sur le sujet en plus de 25 ans (selon le répertoire CanLII) ?
L'indolence et le désintéressement de l'OPQ et de son syndic à réformer la pratique autour des benzos sont immoraux, inexcusables, un scandaleux effondrement de votre mission de protection du public.
Je ne vous demande pas de comprendre pourquoi je juge l'OPQ si sévèrement. Seuls ceux qui ont connu l'enfer des benzodiazépines peuvent comprendre.
Les questionnements qui s'imposent
Ainsi, en sachant que :
- Les pharmaciens sont soumis à un code de déontologie qui exige de protéger et promouvoir la santé et le bien-être de son patient de façon primordiale (article 6)
- Les pharmaciens sont assujettis à des standards de pratique, où un processus complet est censé guider les interventions journalières des pharmaciens. On y parle en premier plan du consentement du patient !
- Les pharmaciens doivent exercer la pharmacie dans le respect des droits et des libertés fondamentaux de la personne. Je présume que ça inclut forcément les articles 8 et 9 de la loi sur les services de santé et des services sociaux autour du consentement éclairé.
- La relation entre un patient et son pharmacien est basée sur la confiance et la vérité (vos propos à la radio du 98,5 FM en janvier 2024).
- Les pharmaciens sont des scientifiques qui se basent sur leur intervention seulement sur la science (vos propos à la radio du 98.5 FM en janvier 2024).
- Les pharmaciens ne sont pas obligés d'autoriser une prescription qui est dangereuse pour leurs patients (vos propos à la radio du 98,5 FM en avril 2024).
- La mission première de L'Ordre est de veiller à la protection du public.
Les questionnements suivants s'imposent :
- Comment expliquer qu'aucun pharmacien ne m'ait jamais informé de la dangerosité imminente de ma prescription, malgré les dangers évidents ? Personne non plus n'a vérifié mon consentement à un traitement dangereux.
- Pourquoi ne m'a-t-on jamais averti que mes tentatives de cesser en deux ou trois semaines étaient inadéquates et potentiellement dangereuses ?
- Pourquoi m'a-t-on faussement affirmé, durant mon sevrage, que fractionner les comprimés était la seule option disponible, me cachant l'information que des formes liquides du médicament existent ?
- Pourquoi l'Ordre n'a-t-il jamais imposé d'exigences minimales documentées dans le dossier patient pour la dispensation des benzodiazépines, malgré les risques connus depuis les années 1980 ?
- Pourquoi les révélations du reportage de Radio-Canada n'ont-elles pas mené à une réforme en profondeur, mais seulement à d'énième exercices de sensibilisation définitivement pas à la hauteur de la crise ?
- Pourquoi aucune exigence concrète n'a-t-elle été instaurée après les avertissements de type « Black Box » de la FDA et de Santé Canada en 2020 ?
- Pourquoi, malgré les multiples manquements observés dans mon dossier, l'OPQ n'a pas réagi par une directive générale accompagnée d'une campagne publique annonçant enfin la réforme si longtemps attendue ?
- Pourquoi personne n'a jugé nécessaire, en plus de 40 ans, d'imposer un étiquetage explicite sur les flacons de benzodiazépines prescrites pour plus de 2 à 4 semaines ?
- Pourquoi exige-t-on un consentement écrit et signé pour une simple injection de cortisone ou d'une solution iodée, mais pas pour un traitement prolongé aux benzodiazépines, pourtant bien plus risqué ?
- Pourquoi l'Ordre ignore-t-il les nombreuses demandes passées de groupes communautaires, de pharmaciens et de médecins réclamant les mêmes changements (ou apparentés) que ceux que je propose ?
- Pourquoi l'Ordre des pharmaciens et le Collège des médecins n'ont-ils jamais donné suite à la recommandation 10 du rapport de la coroner Godin (2019), portant sur quatre suicides liés à l'usage de psychotropes, ni aux autres recommandations similaires formulées par différents coroners au fil des ans ?
La recommandation ignorée de la coroner Godin
« Je recommande à l'Ordre des pharmaciens du Québec et au Collège des médecins du Québec de revoir la conduite de leurs membres qui ont prescrit ou servi l'oxazépam, le zopiclone et la quétiapine à M. Lussier en 2018, dans une perspective d'amélioration des pratiques et de prévention du suicide. »
— Rapport de la coroner Godin – Enquête thématique sur le suicide (2019)
Malgré la gravité de cette recommandation, aucune réforme systémique ne semble avoir été entreprise pour corriger les lacunes professionnelles relevées. Ces recommandations auraient pu — et dû — servir de catalyseurs pour une réforme de fond. Pourquoi cela ne s'est-il jamais produit ?
Ma demande
Monsieur Desgagné, je ne vous demande pas d'agir pour moi. Mon sort est déjà joué. J'en vis les conséquences chaque jour.
Je vous demande d'agir pour la personne qui, demain matin, poussera la porte de sa pharmacie. Elle fera tout naturellement confiance à son pharmacien, dont le professionnalisme et les actions sont régis par un ordre professionnel. C'est pour cette personne qu'il faut intervenir maintenant. Car, elle, n'a aucun contrôle sur ce qui lui sera dit ou non par son pharmacien. Mais vous, vous avez ce pouvoir, celui d'éviter qu'elle sombre, à son insu, dans les souffrances des benzodiazépines. C'est une grande responsabilité.
Merci d'agir de façon honorable et courageuse…au nom de tous vos prédécesseurs qui ne l'ont pas fait.
Je vous invite aussi à me faire part de vos intentions pour la suite des choses.
Salutations sincères,
Deuxième courriel — Juillet 2025
Je n'ai pas réussi à le convaincre. J'ai donc tenté une autre fois.
Bonjour Monsieur Desgagné,
Je vous remercie sincèrement pour votre réponse rapide et personnalisée à mon message du 1er juillet. Vous auriez pu choisir de l'ignorer. Le fait que vous ne l'ayez pas fait témoigne d'une écoute que je reconnais et que j'apprécie. Il est rare, dans des contextes aussi délicats, que les citoyens obtiennent une réponse aussi complète de la part d'un président d'ordre professionnel. Ce geste est honorable, et je le salue.
J'ai aussi pris bonne note des initiatives que vous mentionnez : la formation sur le traitement de l'anxiété et de l'insomnie, votre éditorial dans L'Interaction, les efforts de suivi aux recommandations des coroners, et la collaboration en cours avec l'INESSS. Il est évident que plusieurs leviers ont été activés. Je sens une volonté sincère d'améliorer les pratiques autour de ces médicaments. Bravo !
Le nœud du problème
Cependant, le nœud de l'affaire n'est pas énoncé nulle part dans votre réponse. Le problème ne réside pas d'abord dans un déficit de formation théorique sur l'anxiété ou l'insomnie, comme le laisse comprendre votre message, mais bien dans un manquement grave à un principe fondamental, soit le respect du consentement libre et éclairé. Ce principe est explicitement encadré par les articles 8 et 9 de la Loi sur les services de santé et les services sociaux du Québec, et devrait être rigoureusement appliqué, surtout dans des cas de traitements aux benzos qui dépassent les recommandations des fabricants et des autorités de santé canadiennes et américaines.
Depuis toujours, les présidents de l'OPQ ramènent inlassablement la question à un prétendu manque de formation. En 2002, le journal Le Devoir rapportait que le président de l'Ordre des pharmaciens du Québec voyait la formation continue comme la solution. Tout comme vous aujourd'hui. Après 23 ans, il serait temps de reconnaître que le véritable enjeu n'est pas la connaissance, mais le devoir de l'appliquer.
Parce que même extrêmement bien formé, un pharmacien aura toujours toute la latitude de faire fi de la loi, si son ordre professionnel et son syndic lui laissent tout le loisir de le faire. C'est une question de nature humaine. Depuis des décennies, et encore aujourd'hui, la facilité et la complaisance, encouragées par l'absence totale de conséquences, passent bien avant le respect des droits du patient et des obligations déontologiques.
Un appel au leadership
C'est pourquoi, j'en appelle de nouveau à votre leadership. Vous devez mettre fin à cette culture. Il faut une réforme, un changement de cap, un coup de semonce. Faites une campagne publique pour informer vos membres et le public des nouvelles règles du jeu. Après tout, il s'agit d'une crise de santé publique grave.
Pour terminer, je vous félicite à nouveau pour les efforts engagés afin d'améliorer la pratique entourant les benzodiazépines, et je vous encourage à poursuivre. Je reconnais la complexité d'un enjeu qu'on a laissé grossir et grossir.
Pour ma part, je continue ma démarche citoyenne de faire entendre raison aux ordres professionnels. C'est légitime. C'est une forme de justice réparatrice pour toutes les afflictions que ce médicament a causées sur ma vie personnelle et professionnelle pendant 20 ans.
Salutations sincères,
Le jugement disciplinaire fictif : ce qui aurait dû arriver
La fiche ci-dessous est inspirée de vrais jugements du Conseil de discipline de l'OPQ impliquant d'autres types de médicaments, comme des antibiotiques ou des anticoagulants. Elle illustre ce qui aurait dû se produire si les benzodiazépines étaient traitées avec la même rigueur que les autres médicaments.
Une analyse de 12 jugements disciplinaires à l'OPQ impliquant une variété de médicaments sur une période de 18 mois a été faite. Comme attendu, aucun jugement n'a été trouvé concernant des benzodiazépines ou des hypnotiques en Z.
2025 QCCDPHA xxx
Décision No: 00-25-xxxxx | DATE : Le 1 août 2025
Infraction
Articles 33, 41 et 77(1) du code de déontologie des pharmaciens – défaut d'évaluation et de suivi thérapeutique approprié, omission d'inscription des interventions au dossier, et négligence dans l'exercice de la profession lors du renouvellement répété d'une prescription de benzodiazépines.
Contexte
La pharmacienne a renouvelé de façon répétitive une prescription de Lorazépam chez une patiente de 35 ans pendant une période de 6 années consécutives (2018-2024), sans évaluation appropriée de la durée de traitement ni intervention.
Médicament
Lorazépam, 1 mg, au besoin, prescription de 30 pilules par mois pour insomnie.
Sanction
Amendes totalisant 15 000 $ : 7 500 $ pour défaut de suivi thérapeutique, 4 500 $ pour négligence professionnelle, et 3 000 $ pour omission d'inscription au dossier, plus formation obligatoire en pharmacothérapie des psychotropes.
Conséquences pour le patient
Anxiété exacerbée, perte de travail, polypharmacie, problèmes de santé persistants.
Résumé de la situation
La pharmacienne inscrite depuis 2011 sans antécédent disciplinaire majeur, elle a renouvelé mensuellement du Lorazépam 1 mg BID à une patiente de 35 ans pendant six ans (2018-2024), excédant largement les durées recommandées. Malgré les campagnes de sensibilisation de l'OPQ depuis les années 2000 et les lignes directrices du CMQ de 1997, aucune réévaluation ni intervention n'a été faite. Elle n'a pas ajusté sa pratique après l'avertissement « black box » de la FDA (2020) et n'a documenté aucune discussion avec la patiente sur les risques. Ayant plaidé coupable et exprimé des regrets, elle a implanté des alertes pour les prescriptions de plus de 28 jours. Elle explique sa passivité par l'absence de directives dans son milieu. Le tribunal note un risque de récidive systémique.
Résumé des conséquences pour le patient
La patiente a développé une dépendance physiologique au Lorazépam après un usage prolongé, sans encadrement ni plan de réévaluation. Aucun protocole de sevrage graduel n'a été proposé; la réduction a été trop rapide, sans benzodiazépine à demi-vie longue ni formulation liquide. Ce sevrage mal géré a causé des symptômes aigus sévères : insomnie totale, crises de panique, douleurs diffuses, paresthésies, instabilité émotionnelle et idées suicidaires. Les consultations médicales ont mené à un mauvais diagnostic de trouble psychiatrique primaire. Des psychotropes (antidépresseurs, antipsychotiques) ont été prescrits sans effet bénéfique, aggravant l'état général. La patiente présente aujourd'hui un syndrome post-sevrage prolongé (BIND) : hypersensibilité sensorielle, dérèglement autonome, fatigue chronique, désespoir persistant et perte de fonctionnement social. Les souffrances endurées restent majeures et non soulagées.
Pourquoi ce jugement est fictif
Il n'y a pas de raisons pour qu'un patient prenant des benzodiazépines ne puisse pas avoir droit aux mêmes standards de pratiques et à la même protection déontologique que pour tout autre médicament. Ceci est d'autant plus vrai quand le patient ne sait même pas qu'il suit un traitement non sécuritaire et non approuvé.
Pour consulter les fiches détaillées des jugements disciplinaires réels de l'OPQ, visitez la page : Jugements disciplinaires – Exception benzodiazépines
L'appel à l'action : se regrouper pour faire entendre raison
Faire du bruit, attirer l'attention des journalistes, des élus et du gouvernement, et garder officiellement le compte du nombre de fois que les ordres refusent d'implanter des mesures rigoureuses et obligatoires respectueuses du droit du patient au consentement. Leur inaction finira bien par avoir un coût réputationnel, politique et médiatique. L'embarrassement public est un puissant agent de motivation et de changement.
C'est pourquoi un tableau de bord a été créé.
Le mouvement donne d'abord la chance à l'ordre de réformer ses pratiques (en l'annonçant publiquement), au lieu de débuter une enquête. La donnée qui sera affichée sur le graphique sera le nombre total de début d'enquête, représentant donc le nombre de fois où les ordres ont choisi de procéder avec une enquête plutôt que de s'amender pour mieux protéger le public.
Pour provoquer un tel changement de culture, il faudra tenir sur la durée. Ce sera un ultra-marathon collectif. Mais ceux qui auront porté plainte ressentiront d'autant plus la satisfaction.
Pour les patients prenant des benzodiazépines, déposer une plainte vous prendra environ 10 minutes grâce aux outils de ce site. Mais pour eux, c'est des mois de gestion interne, de justifications et de complications administratives.
Combien de temps encore pourront-ils prétendre agir dans l'intérêt du public ?
Changeons les choses ensemble !
Participez au mouvement #FaireEntendreRaison